« La Vieille » par Daniel Harms
52 p., ISBN 2-84755-008-9 EAN 9782847550085
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Suivi d'une courte nouvelle : Autobiographie. Rien n'est plus absurde que cette histoire. Les évènements s'enchaînent lentement mais fatalement. Le style est simple, précis, clair. Un vrai chef-d'oeuvre de la littérature mondiale...


Livres de Daniel Harms publiés aux éditions de Saint Mont

« La Vieille » par Daniel Harms publié aux éditions de Saint Mont

Extrait :

   Quelqu’un frappe à la porte.
   — Qui est-ce ?
   Pas de réponse. J’ouvre la porte et vois la vieille que je rencontrai ce matin dans la cour. Je suis très surpris et ne parviens à rien dire.
   — Je suis venue, dit la vieille et entre dans la chambre.
   Je reste à la porte et ne sais pas quoi faire : mettre la vieille dehors ou, au contraire, lui proposer un siège ? Mais la vieille va d’elle-même à la fenêtre et s’assoit dans le fauteuil.
   — Ferme la porte et mets le verrou, me dit la vieille.
   Je ferme la porte et mets le verrou.
   — Mets-toi à genoux, dit la vieille.
   Je me mets à genoux.
   Ici je me rends enfin compte de toute la stupidité de la situation où je me trouve. Pourquoi suis-je à genoux devant cette vieille ? Et pourquoi cette vieille se trouve chez moi, assise dans mon fauteuil préféré ? Pourquoi ne mets-je pas cette vieille dehors ?
   — Écoutez, lui dis-je, de quel droit me donnez-vous des ordres dans ma propre chambre ? Je n’ai aucune envie de me tenir à genoux.
   — Tant mieux, dit la vieille. Car maintenant tu dois te mettre par terre, visage contre le sol.
   Je m’exécute aussitôt...
   Je vois des rectangles parfaits du parquet. La douleur à l’épaule droite et à la cuisse, me force à changer de position J’étais étalé par terre, à présent je me soulève à quatre pattes. Mes membres sont engourdis et se plient difficilement. Je jette un coup d’œil autour, et me vois au milieu de ma chambre, à quatre pattes. La conscience et la mémoire me reviennent lentement. Je jette un autre coup d’œil dans la chambre, et il me semble apercevoir quelqu’un assis dans le fauteuil près de la fenêtre. Il fait sombre dans ma chambre, cela doit être le petit matin. Je regarde avec insistance. Mon Dieu ! Est-ce la vieille que je vois assise dans mon fauteuil ? Je tends le cou et regarde encore. Oui, bien sûr, c’est la vieille, la tête légèrement penchée sur la poitrine. Elle dut s’endormir.
   Je me lève et m’approche d’elle en boitant. La tête de la vieille est penchée sur la poitrine, les bras tombent librement le long du fauteuil. J’ai une soudaine envie de saisir cette vieille et de la jeter dehors.
   — Écoutez, lui dis-je, vous êtes dans ma chambre. J’ai besoin de travailler. Je vous prie de vous en aller.
   La vieille ne bronche pas. Je me penche et regarde la vieille dans les yeux. Sa bouche est ouverte, et une prothèse dentaire en sort. Soudain je comprends : la vieille est morte.

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