« Le Marchand des rêves » par Charles de Saint-Aubin
150 p., ISBN 2-84755-032-1 EAN 9782847550320
Prix TTC : 15.50 euros
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Une aventure légère et passionnante, dans les grandes traditions du roman à la Dumas père. C'est une lecture agréable, distrayante et émouvante...


« Le Marchand des rêves », roman publié aux éditions de Saint Mont

« Le Marchand des rêves » par Charles de Saint-Aubin publié aux éditions de Saint Mont

Extrait :

   Je me dirigeai au jardin des Tuileries, sans doute le plus beau parc de Paris. J’aimais beaucoup à une époque y venir, puisque je pouvais m’y donner impunément au plaisir d’observer le genre humain. C’était un endroit idéal pour un tel amusement, car il était possible d’y voir toutes les couches de notre société : des petites filles de l’orphelinat et des enfants des familles riches accompagnés des bonnes et des gouvernantes pourchassées par de beaux militaires aux moustaches impressionnantes, de jeunes bourgeoises florissantes accompagnées de leurs mères qui n’étaient pas encore fanées, des clercs et des garçons des boutiques d’à côté, des rats de l’Opéra, des cabotines de la Comédie Française et bien sûr des hommes. C’était une sorte de ville en ville où régnait le roi Béguin. Ce roi-ci imposait sévèrement ses vassaux, mais son impôt n’était payé qu’en sourires et regards doux. Les promesses sans lendemain étaient la monnaie courante dans ce royaume, et l’infidélité, sa seule loi.
   Une femme trompée revient rarement à l’endroit de sa chute, cela étreint sa dignité, tandis qu’un homme est beaucoup plus sentimental, il lui plaît de parcourir d’un regard mélancolique les lieux où se déroulèrent les combats victorieux de sa vie d’homme, cela flatte son orgueil. Grâce à ce phénomène bénéfique, les proies des Tuileries se variaient régulièrement à la plus grande joie des chasseurs. Certes, il leur arrivait parfois le revers de la médaille, par exemple de se faire plumer par une jolie plante aux appétits gargantuesques, mais, au fond, tout amusement comporte de certains risques, et ce prix à payer fait partie des injustices de la nature qu’un homme doit apprendre à souffrir.
   Tous les chasseurs des Tuileries se connaissaient au moins de vue à force de côtoyer les mêmes proies. Et bien qu’elle ne fût pas officiellement instituée, la confrérie des Tuileries était de loin la plus puissante à Paris. Son approbation vous ouvrait les portes de tous les salons, et elle était préférable à la médaille impériale du mérite . Les hommes vous estimaient d’autant plus que vous étiez estimé par les chasseurs des Tuileries, et les femmes, qui ont dans leur nature un penchant pour la souffrance, étaient d’autant plus attirées par la perspective de devenir votre prochaine proie que vous vous montrassiez cruel dans les jeux des Tuileries. Mais gare à vous si vous étiez choisi le prince des chasseurs, car alors, vous deveniez automatiquement le gibier le plus recherché de Paris. Les femmes, celles qui n’étaient pas mariées, couraient après vous pour vous ajouter à leurs collections, ou pour vous plumer, ou bien, ce qui est pire, pour vous ramener de force de leurs sacrifices sur le droit chemin du bonheur conjugal ; celles qui étaient déjà domestiquées vous poursuivaient afin de se donner à vous corps et âme, ce qui n’était pas désagréable en soi, mais derrière chacune d’elles se cachait toujours un mari cocu ou un amant opprimé, parfois même tous les deux, qui ne pensait qu’à vous faire la peau. En un mot, vous deveniez le dernier lion de la savane dont tout le monde rêvait d’accrocher la tête au-dessus de sa cheminée. Dieu merci, dans la confrérie des Tuileries je n’étais qu’un humble membre, plutôt observateur que chasseur.
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