« L'Extravagante Madame Doucet » par Maguelonne Toussaint-Samat
140 p., ISBN 2-84755-040-2 EAN 9782847550405
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Une péripétie pleine de facéties à travers l'Ancien et le Nouveau mondes. Un roman humoristique sur les milieux littéraires des années cinquante....


Livres de Maguelonne Toussaint-Samat publiés aux éditions de Saint Mont

« L’extravagante madame Doucet » par Maguelonne Toussaint-Samat publié aux éditions de Saint Mont

Extrait :

   « Si des regards, on pouvait mordre, il m’aurait déjà tout déchiré. »
   Ce fut Molière et non moi — Colette Doucet, toujours pour vous servir — qui écrivit cela. Mais c’est sûrement ce que voudrait bien faire — me mordre — l’homme qui me tient lieu d’époux, de soutien et de maître.
   Il faut vous dire qu’avant même de poser les pieds sur les tapis cramoisis du Ritz, j’avais flairé le danger : notre voiture s’étalait avec l’outrecuidance qui la caractérise et son manque total de sens de la hiérarchie sociale au milieu des Rolls-royce, des Mercedes et autres corbillards de même tonnage. Le portier, engoncé dans sa morgue insolente, haussait spasmodiquement vers elle un sourcil outragé.
   En pénétrant dans le lieu saint, j’hésitais entre deux tactiques : ou bien franchir le seuil, mine de rien, risquant de me voir interpeller par le cerbère, lequel dans ces cas-là, est généralement pourvu d’une commission-pour-Mme-Doucet-de-la-part-de-M.-Doucet-qui-l’attend-au-bar et subir un regard sans aménité — ou bien, prenant le taureau par les cornes, sourire avec distinction en désignant d’un doigt ganté et ironique cette demi-portion d’auto, qui fut noire et n’est plus que vaguement rougeâtre, et arbore héroïquement un laissez-passer de « presse » pour le moins aussi grand qu’elle.
   Le portier, tout d’abord, me salua à l35°, avec toute l’obséquiosité due à mon manteau de fourrure et à la robe de Vanna Chosky. Puis, mon physique personnel ramena l’angle en question à 90°, mais, lorsque Henri-Jacques, aussi resplendissant que l’œillet qui orne sa boutonnière, lança un : « Ça va, mon ami ? » protecteur, la robe, la femme, l’œillet, la vedette se virent gratifiés d’un 45° maison, celui des grands jours.
   Tout s’annonçait bien. Ignorant avec aristocratie la voiture et le larbin, je me jetai dans la foule. Ce qui ne m’a d’abord pas plu dans Pierre, c’est sa façon de renifler en m’apercevant, puis de me gratifier d’un :
   — Bonjour, m’ame Colette Doucet.
   Suave, trop suave.
   Je suis maintenant à la table de l’ambassadeur. Pierre m’a demandé ostensiblement la permission de rester au bar avec un confrère de la politique étrangère.
   — Chéri, je t’en prie, je comprends...
   Mais ce que je ne comprends plus, c’est pourquoi, lorsque l’agence Argo-Presse me demande la permission de prendre quelques photos de Colette Doucet en compagnie de Son Excellence, de M. X... et de Mme Y..., — ce que je ne comprends plus, c’est pourquoi Pierre se trouve comme par enchantement à côté de moi afin de donner du feu à ma cigarette, allumée depuis cinq minutes. Les rites accomplis, il retourne à son Cinzano préféré.

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