« Histoires de nulle part et d'ailleurs » par Maguelonne Toussaint-Samat
116 p., ISBN 2-84755-052-6 EAN 9782847550528
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Le grand public a découvert Maguelonne Toussaint-Samat grâce aux « Contes et légendes des Croisades » qui ont d'ailleurs reçu le prix de L'Académie française...


Livres de Maguelonne Toussaint-Samat publiés aux éditions de Saint Mont

« Histoires de nulle part et d’ailleurs » par Maguelonne Toussaint-Samat publié aux éditions de Saint Mont

Extrait de la « Cruauté gratuite » :

   Dans ma ville, il y avait un cheval. Un cheval qui mangeait du fer. Alors les gens de ma ville ont mis le cheval en prison. Manger du fer n’est pas un péché mortel, mais tout ici-bas est une question de principe. Le fer ne se mange pas.
   Où irions-nous vraiment si une bête n’est plus assez bête pour manger du foin et si le fer devenait comestible ? Notre planète valse déjà comme une folle et le bon Dieu a bien trop de mal à reconnaître les siens parmi les femmes qui s’habillent en hommes, les hommes qui font des manières. Où irions-nous, vraiment, si nous laissions les chevaux manger du fer et parler rhétorique comme monsieur Sartre qui a été payé pour ça ?
   Mon cheval avait faim et la journée s’avançait. Il mangea les barreaux de sa geôle et la serrure de sa prison, poussa la porte avec son nez et partit au petit trot. Dehors, l’air était léger, le soleil aimable ainsi qu’au plus beau du printemps. Le cheval frissonnait de plaisir sous sa robe de satin cuivré. La ville l’observait, muette de terreur.
   Alors le cheval s’arrêta, gratta le sol de ses quatre sabots, écoutant tous ces cœurs battre à rompre derrière chaque volet clos, chaque rideau pudique. Le cœur de la ville battait la chamade et le cheval eut peur de la peur des autres. Une larme naquit au coin de son immense œil brun et roula sur le poitrail où battait aussi un cœur affamé de l’amour du monde, un cœur étonné, un cœur affolé de la peur des autres, un cœur de cheval qui ne comprenait pas.
   Soudain, il comprit, hennit de douleur et de surprise, puis, partit au galop triple, se cacher quelque part.
   Qui a dit que le ciel par-dessus les toits est si beau, si pur ? Plus beau, plus pur ?
   La ville hérissée avait frémi ; grondante et baveuse des gens répandus dans les rues, marée de haine et de menace. Les gens cherchaient partout l’ennemi, en criant des injures, brandissant des fusils de bois, et des bâtons noueux.
   — À mort !
   — Qu’on le pende !
   — Qu’on l’étouffe et qu’on le brûle !

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