« La Somnambule » par Maguelonne Toussaint-Samat
166 p., ISBN 2-84755-063-1 EAN 9782847550634
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Des rêves et des rêveries à ne plus savoir où est la réalité. Un écho éloigné des Histoires de nulle part et d'ailleurs du même auteur.


Livres de Maguelonne Toussaint-Samat publiés aux Éditions de Saint Mont

« La Somnambule » par Maguelonne Toussaint-Samat publié aux Éditions de Saint Mont

  Extrait :

  La petite madame Sénéchal – on l’appelait ainsi dans le quartier- eut l'impression de pousser un hurlement d’agonie qui la réveilla.
  Mais ce n’était qu’une impression, et elle tenta de se laisser glisser à nouveau dans l’anéantissement du songe, s’agrippant aux fantasmes qui la fuyaient, tandis que le ronron impitoyable du rasoir électrique de son époux lui taraudait le cerveau. Elle s’enfonça dans la douceur des draps et chercha désespérément à rattraper les bribes du rêve qui n'était déjà plus qu'un rêve. Elle soupira et renonça à la lutte, s’étirant comme une chatte sous la courte-pointe, bien à l’abri des regards de son époux qu’elle détesta pendant un quart de seconde. Puis elle risqua un oeil par dessus les draps.
  —... je disais qu’il pleut, déclarait Albert campé dans l’embrasure de la porte du cabinet de toilette. C’est bien pour ça que j’avais mal à ma blessure de guerre, hier soir. Fais-moi penser à prendre de l’aspirine avant de manger.
  Madame Sénéchal souffla avec agacement. Comme si cet homme organisé ne pouvait pas posséder dans son cerveau une case pour l’aspirine juste à côté de la case aux douleurs des blessures de guerre. Douleurs héroïques, peut-être mais qui n’étaient rien du tout en comparaison de ce qu'elle ressentait entre les omoplates, le mardi matin, après avoir passé toute l’après-midi de la veille à frotter une lessive de plus en plus énorme chaque semaine, parce que tout le monde s’en fichait, ne pensait qu’à soi et comptait sur elle. Elle soupira.
  — Quelle heure est-il ?
  — Sept heures et demie, répondit Albert en tordant la joue sous la morsure de la lotion mentholée qu’il s’appliquait à grands coups de claques, après la cérémonie du rasoir. Je t’ai laissée dormir, constata-t-il avec une sorte de satisfaction.
  — Tu as réveillé la petite ?
  — Mais oui ! Il y a longtemps. Et elle est descendue chercher une baguette toute fraîche pour ton petit déjeuner. Tu vois : je pense à toi. C’est gentil, hein ? ...
  Albert avait cette manie agaçante de souligner la moindre de ses bonnes intentions. Du reste, c’était la gamine qui remplissait la corvée cette fois. Elle devait être furieuse, détestant particulièrement les courses matinales.
  — Eh bien, ça ne te fait pas plaisir d’avoir du pain frais pour ton café ? insista Albert navré. Si j’avais su, la gosse serait restée au chaud.
  — Mais si, chéri, je te remercie. Elle est descendue en pantoufles, hein ?
  — Ma foi, je n’ai pas fait attention.
  — Naturellement ! Il pleut et elle sort en pantoufles.
  Elle soupira... Ah ! ces hommes !
  — Tu n’es jamais contente, constata Albert avec placidité, tout en se coupant deux poils du nez.
  — Avoue quand même qu’à treize ans, on peut bien penser à se chausser convenablement avant de sortir... et toi, tu aurais pu le lui dire.
  Faute d’argument, Albert haussa les épaules.

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