« Un week-end en amoureux » par Jean-Pierre Etchebeheïty
120 p., ISBN 2-84755-065-8 EAN 9782847550658
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L'image que les hommes aiment se renvoyer d'eux-mêmes est le plus souvent flatteuse. Ils s'imaginent forts, protecteurs, généreux, en somme : des chefs...


Livres de Jean-Pierre Etchebeheïty publiés aux éditions de Saint Mont

« Un week-end en amoureux » par Jean-Pierre Etchebeheïty publié aux éditions de Saint Mont

Extrait :

   À peine réinstallée dans leur voiture, elle demanda :
   — Tu n’avais jamais eu l’occasion de la revoir avant ce soir, ton amie Sophie ?
   — Non, Mario était plutôt distant avec ses collègues du spectacle et je les ai perdus de vue après leur premier déménagement. Pourquoi ?
   — Je ne l’imaginais pas comme ça, c’est tout.
   — Quelque chose me dit que cette constatation n’est pas un compliment !
   Elle eut un mouvement d’épaules :
   — D’après tes dires, je la voyais un peu moins « petite bonne femme ».
   Il resta froid :
   — Sophie avait du talent, du charme et elle était amusante. Il m’a semblé qu’elle n’avait rien perdu.
   Il freina brusquement, quand un planton en uniforme, devant un ministère, descendit sur la chaussée : à contre-jour dans l’éclairage de la voie, il avait vu que le conducteur de ce véhicule ne portait pas sa ceinture de sécurité et ce fut pour lui une occasion de se dégourdir les jambes. Il fit avec componction le tour de la voiture arrêtée, demanda et scruta les « papiers afférents à la conduite du véhicule ». Il termina par une admonestation du genre paternel, un comble de la part de ce très jeune fonctionnaire !
   Alors qu’ils repartaient, elle observa :
   — Ne sois pas vexé, tu étais en infraction et il n’a pas été méchant.
   — Eh, bien ! tu n’as plus qu’à nous souhaiter un petit contrôle d’alcoolémie pour clore la soirée, rétorqua t-il.
   Les boulevards défilèrent, puis les quais, de feux rouges en feux verts. Sommeillait-elle ? À quoi pensait-elle ?
   Ils arrivèrent devant leur immeuble, remontèrent en silence dans leur appartement. Il alla boire de l’eau dans la cuisine, pendant qu’elle allait occuper la salle de bain.
   Réglisse, la chatte noire, entra dans la pièce, le regarda fixement et alla se recoucher dans sa chambre, sur le lit. Il éteignit la lumière, revint dans l’entrée et feuilleta un magazine. Elle et lui venaient de passer un anniversaire de plus, une année de plus, ensemble. Enfin, ensemble... si on pouvait dire ! « Que fabriquait-elle dans cette salle de bains ? Tiens, elle n’y était plus, elle aurait pu prévenir. »
   La chambre était dans le noir, elle s’était couchée sans déborder son côté à lui, c’était vraiment le contraire d’une invite ! Mais non, il exagérait, elle avait toujours ouvert un lit de son seul côté, même au temps de sa passion, il le savait pourtant.
   Il dégagea le drap doucement, d’un mouvement lent.
   Le dos tourné, elle dit à voix haute :
   — Bonne nuit.
   — Bonne nuit, à demain.
   La chatte noire sauta depuis le pied du lit sur la moquette, écarta un peu plus, avec son museau, la porte de la chambre à peine entrebaîllée, se faufila. Elle alla dormir ailleurs.

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