« Lettres d'amour à Aimée d'Alton » par Alfred de Musset
80 p., ISBN 2-84755-093-3 EAN 9782847550931
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Lettres d’amour à Aimée d'Alton publiées aux éditions de Saint Mont

« Lettres d’amour à Aimée d'Alton » par Alfred de Musset publié aux Éditions de Saint Mont

Extrait :

18 avril.

   Pour aller de la rue Saint-Lazare à la rue de Grenelle il faut une demi-heure à un fiacre qui va mal et un quart d'heure à un fiacre qui va bien. Or il y a une recette in­faillible pour faire aller bien les plus mauvais chevaux, c'est de faire bien poliment au cocher en montant : Vous aurez 2 sous pour boire si vous allez mal, et 20 sous si vous allez vite. Je n'ai pas encore rencontré d'homme incorruptible à qui cette magique parole n'ait donné des ailes.
   Voilà la recette et le conseil de monsieur de l'Expé­rience. Il ne faudrait certainement pas revenir sur ses pas passé huit heures ; mais il faudrait tâcher qu'il ne fût pas plus de huit heures. Pour ce qui est de trouver à sept heures un fiacre dans cette saison-ci, rien n'est plus aisé.
   Je vois, mon amour, qu'il y a sympathie parfaite entre nous. Tu m'annonces un si-sol au reçu de ma lettre, et avant d'avoir ouvert la tienne, j'avais exécuté précisément le même pas. Mais je m'avoue vaincu, je n'ai rien cassé. Je ne sais pourquoi quelque chose de cassé m'a toujours paru avoir une mine triste ; quant aux pantoufles, c'est autre chose ; les miennes à l'aspect de tes lettres voltigent comme des oiseaux. Ton petit papier m'a fait un drôle d'effet, au lieu de le dévorer je n'osais pas y toucher en le voyant. — Je l'ai pris avec un saint respect, j'y ai compté toutes les pe­tites marques, mais il a bien fallu ensuite lui manquer de respect.
   Je ne sais, ange, ce qui adviendra de notre amour, mais je ne crois pas que le bonheur soit jamais venu sous de plus heureux auspices ! En t'écrivant maintenant, je t'avoue que je me retiens pour ne pas déraisonner — je voudrais ne pas parler et ne pas sentir jusqu'à samedi ou dormir jusque-là en rêvant de toi, et me réveiller pour aller à la fe­nêtre t'attendre. Le fiacre s'arrête — je te vois descendre — arriver à petits pas, cherchant la porte dans la cour — je cours à toi, je te prends la main, nous montons en silence, tout dort — la porte est enfin fermée derrière nous. — O ma nymphe, mon Aimée, bien-aimée, quel moment ! c'est le jour de nos noces. — Là, mon imagination s'arrête, je ne cherche rien, je ne tente de rien prévoir, je ne puis essayer de deviner ni mon bonheur, ni ta beauté, ni le premier mot que tu me diras ; mais le premier baiser, ah ! je le de­vine, je le sens déjà, il me brûle, il me traverse le cœur.
   Vous ne vous en souvenez plus, vous ! — Êtes-vous bien sûre de cela, Mademoiselle ? eh bien, vous souvenez-vous d'un certain soir, après que je vous avais envoyé ma petite épître ? Mme de la Grange arrivait d'Italie, elle chantait ses airs vénitiens qu'elle avait rapportés. Votre cousine était au piano avec elle. — Vous étiez dans la causeuse et moi près de vous — vous me parliez de vos ennuis et de votre départ prochain. — Je vous disais, je crois, que le seul moyen de n'avoir jamais d'ennui était d'aimer, et je vous parlais d'une correspondance. Vous souvenez-vous de ce que vous m'avez répondu ? Je m'en souviens, moi à mon tour.
   — Je n'ai que faire d'amoureux.
   Voilà ce que Mlle [d'Alton] m'a répondu très gentiment avec sa petite voix douce et perlée. Si dans ce moment-là, on avait pu voir dans mon cœur, elle aurait vu que je l'aimais, je me suis dit qu'elle le voyait et que c'était à moi qu'elle répondait aussi immédiatement.
   Adieu, mon idole, tâche, je t'en prie, de ne pas faire de méprise en écrivant. Tu commences ta lettre par mercredi entre 7 et 8, le cœur m'a bondi en lisant ce mot, mais je me suis aperçu après que c'était une erreur et que tu ne viendrais que samedi.

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