« Les Aristocrates » par Michel de Saint-Pierre
230 p., ISBN 2-84755-120-4 EAN 9782847551204
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Postface d'Isaure de Saint Pierre.
Le devenir de l'aristocratie à l'époque moderne, le constat d'une mutation de la noblesse française.


Livres de Michel de Saint Pierre publiés aux Éditions de Saint Mont

« Les Aristocrates » par Michel de Saint Pierre publié aux Éditions de Saint Mont

  Extrait :

  — Philippe, sais-tu pourquoi je n’ai presque jamais quitté Maubrun depuis la mort de ta mère ? Pourquoi je me suis lié à ce domaine, à ce bled ? Pourquoi je me suis laissé attacher à cette vieille bicoque par un collier de chien ?
  — Oui. Vous avez fait tout ça pour nous. Je ne suis pas ingrat.
  — Pour vous élever selon votre rang, très exactement. J’ai voulu garder intactes vos chances dans la vie. Intact aussi, le plaisir de porter votre nom. Pour tout te dire, j’ai été un mauvais administrateur du pa­trimoine matériel et de la fortune. Mais encore une fois, j’ai bien ad­ministré le nom. Tu comprends ?
  — Bien sûr. Vous êtes une sorte de héros de manoir. Votre désinté­ressement, votre qualité ne sont pas en cause...
  — Je n’ai pas besoin de satisfecit, mon petit.
  — Mais si ! Tout le monde en a besoin ! Soyons donc simples entre nous, Papa. Il est exact en effet qu’un beau nom, de nos jours, reste un patrimoine sans égal. C’est d’ailleurs assez étrange, vous ne trouvez pas ? Mais dans le cas présent, il s’agit d’un amour que vous brisez, d’un pauvre type que vous condamnez sans même savoir s’il mérite d’être aimé, d’un chantage que vous exercez à l’égard de votre fille ! Et de cela, encore une fois, j’ai honte ! Vous êtes l’esclave d’exigences périmées...
  — Tais-toi, Philippe. Tu vas renier quelque chose.
  Le marquis toussa, vida sa grosse pipe contre la tôle de la Jeep. Peu à peu, leur impuissance à convaincre, à trouver les mots qu’il fallait, avait allumé dans l’esprit des deux hommes une sorte de colère désespérée. M. de Maubrun reprit, d’une voix lasse :
  — Les exigences dont tu parles se justifient. Elles suffisent à nous distinguer.
  — C’est vraiment ça que vous cherchez, dans la vie ?
  — Des exigences hors du commun, des traditions plus lourdes et plus profondes qu’une racine de vieux chêne, voilà très exactement de quoi est faite une aristocratie. Voilà de quoi elle vit, comment elle res­pire. Nous n’y pouvons rien, ni toi, ni moi.
  — Mais vous ne comprenez donc pas que tout cela est fini, fini, archi-fini ?
  Cette fois, Philippe avait crié. Sa voix était forte. L’éclat en déplut à M. de Maubrun, qui dit sèchement :
  — Garde ton sang-froid, l’abbé. Nous ne sommes pas à une quel­conque tribune d’action catholique.
  Le père Philippe passa la main sur son front :
  — Vous me faites l’effet... d’un homme embaumé dans un rêve, dans un vieux rêve bien délicat, bien tourné en spirale, comme un es­cargot tout sec et mort dans sa coquille.
  Maubrun avait remis la Jeep en marche.
  — Sais-tu combien il reste en France de familles authentiquement nobles ?
  — Ma foi, non.
  — À peine quatre mille, Philippe. Ce qui fait trente à quarante mille personnes en tout. Et jamais tu ne pourras imaginer, mesurer leur im­portance. Elles veulent absolument se faire tuer à toutes les guerres. Elles ont un goût contagieux pour des choses qui semblent inutiles. Que te dire encore ? Elles ont à la fois la tentation de mépriser, et le goût de servir. Partout où elle sont, Philippe, le niveau monte. Tu ne la vois pas, toi, cette petite armée de bougres à beaux noms sur marchent qui toute l’épaisseur de l’histoire et des traditions ? Je m’en vais te pré­dire une bonne chose, l’abbé : quand la France aura perdu ces gens-là, elle sera morte.
  Philippe hocha pensivement sa tête forte :
  — Je vous envie de le croire, dit-il.

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